La Havane : chez les gens

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Sur une petite place un soir, on rencontre des cubains, un peu par hasard. Deux heures plus tard, on dine chez eux. On passera finalement toutes nos journées et soirées ensemble jusqu’à notre départ. On finira même (après quelques légers problèmes de logement et de cartes bancaires) par dormir chez eux, dans un petit appartement au fond d’une cour où l’on atterri après avoir traversé un dédale de couloirs. Des dizaines de familles habitent là, dans des petits appartements embriqués les uns dans les autres, dans un vieil immeuble découpé et redécoupé de nombreuses fois. Ce qui semble avoir été le couloir principal est maintenant la petite maison d’un homme. Ses toilettes sont un peu plus loin, dehors. Les portes sont tout le temps ouvertes. Les gens rentrent chez les uns et les autres à longueur de journée. Du reggaeton sort d’une grosse baffle. Une baffle qui s’illumine. Yaquelin la voisine d’en bas, appelle sa fille au moins vingt fois par jour, toujours en hurlant : « Melaniiiiiiiie ». Elle finira par faire la même chose avec nous pour qu’on vienne papoter dans son salon. On était loin d’imaginer que ça allait nous manquer plus tard. Dans cette petite ville dans la ville, nos voisins arrêtent de nous regarder bizarrement au bout de deux jours, nous saluant « Buenas ! » et nous embrassant sur la joue comme on le fait à Cuba. On vit les uns sur les autres, les gens crient en permanence, s’invitent chez vous, vous invitent à leur tour pour manger des bananes frites le soir, et boire du rhum dans des petites boîtes en carton. Les enfants rentrent en uniforme de l’école vers 13h, se changent en 30 secondes et jouent dans la rue. Tous ceux qui ne travaillent pas, et ils sont nombreux (en même temps, quand on sait que le salaire d’un cubain c’est environ 20 dollars par mois, on comprend mieux pourquoi ils préfèrent faire autrement), vaquent à leurs occupations. Les ventilateurs sont à leur maximum pour faire un peu d’air. On fait sa lessive, on va chercher un colis tant attendu de sa fille, son frère ou son cousin exilé à l’étranger, qui a pu s’échapper de cette île pour essayer de mieux s’en sortir à Miami ou ailleurs. Souvent on attend de l’argent envoyé de cet ailleurs qui paraît si lointain. Et puis le soir tombe. Chez Papolo en face, des poissons multicolores pêchés l’après-midi même trempent dans l’évier. On s’assois dans la rue devant chez soi, on discute, les gens passent, vont acheter du rhum qu’ils vont partager avec ceux qu’ils croiseront ce soir-là. On danse un peu et on rigole. Les jours défilent à La Havane.

«Le pays entier est un disque rayé. Tout se répète: chaque jour est la répétition du précédent, chaque semaine, chaque mois, chaque année. (…) La vie toute entière n’est qu’un disque rayé et crasseux.» Canek Sánchez Guevara, 33 Revolutions

 

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4 réflexions au sujet de « La Havane : chez les gens »

  1. Quand on est pauvre on partage plus facilement. L’individualisme vient avec l’aisance financière qui rend l’entraide et la solidarité facultatives. Je ne pense pas qu’ils soient solidaires uniquement parce qu’ils sont cubains mais bien plutôt parce qu’ils sont en état de précarité permanente et qu’ils savent que ça durera tant que durera ce Régime politique et l’embargo américain qui va avec. Ca va changer…

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